Expositions


Exposition 2009 : Pierre Poggi
Du 4 Décembre 2008 au 9 Janvier 2009
Entretien avec Enrico Pedrini
« L'art de jouer au football sans toucher le ballon »

Enrico Pedrini : John Hulzinga, dans son livre Homo Ludens, se concentre sur le jeu comme système culturel. Cette dualité de culture et de jeu est composée du jeu, qui se présente comme fait objectif perceptible et déterminable et de culture, appellation que notre jugement trouve pour tout autre événement. L'art dans ton œuvre se confronte avec ce monde irréel, de plus en plus présent dans ce système médiatique, où les actions fausses simulent les actions réelles.
Quelles sont tes raisons pour cette recherche ?
Pierre Poggi : Ce sont des motifs personnels, au sens pédagogique et psychologique du terme. Mon attitude par rapport au jeu est comparable à une créativité infantile sans préjugé. Dans mon art, je cherche à toujours garder cette "fraicheur". A ce propos, mon intérêt vers le monde du foot-ball pourrait se transposer en une phrase : « je joue au foot-ball en employant simplement les outils de l'art pour entrer en rapport avec notre contemporaneité ».

E. P. : Peux-tu me parler de ton travail "Campo Santo" (cimetière) et d'où cette idée te vient-elle ?
P. P. : Cette œuvre a pour origine un article paru dans le quotidien Corriere Della Sera où, à coté d'une croix noire, on pouvait lire une longue liste de morts à cause du foot-ball de 1963 jusqu'à nos jours. Par association d'images (les cimetières militaires) j'ai eu à ce moment cette vision hallucinée. Campo Santo est une œuvre d'ambiance ; une parodie évocatrice du lieu de repos, qui se compose de 22 croix blanches. Un arbitre à la fois maître de cérémonie et chamane, impeccablement vêtu, réinterprète musicalement les chants des supporters ultras massés dans une hypothétique tribune. Une sorte de litanie, une litanie clownesque. On pourrait se demander ce que font ces croix sur un terrain de foot-ball. Les journaux on le sait, ont la mémoire courte si l'on considère que ce sont surtout les supporters qui sont morts "sur le champ" pour un ballon de cuir. Motif suffisant pour commémorer ces victimes, par cette installation à la fois surréelle et absurde.

E. P. : Le jeu et l'art vont occuper de plus en plus, dans l'inconscient collectif, la fonction d'augmenter la "société de l'image" dans son besoin de consommation. L'art doit, par conséquent, envisager ce dualisme et rechercher par ses langages cette disposition où la valeur de la vérité est remplacée par la communication.
P. P. : Oui, l'art a le devoir d'envisager ce problème si, à travers son pouvoir de communication, il soulève des questions et dit peut-être quelque vérité, même si l'art risque de nos jours la boulimie.

E. P. : La recherche de l'art met en évidence les valeurs symboliques qui sédimentent profondément la société, qui a fait de l'économie son seul "credo" possible.
Quelle est ta pensée à cet égard ?
P. P. : De nos jours, plus que jamais, l'art est une partie de ce mécanisme économique, il ne faut pas être hypocrite. Il suffit de lire la côte de certains artistes contemporains pour réaliser le statu quo de l'offre et de la demande.