Présentation


La matière a été l'objet de mes premières recherches plastiques et continue d'en être, à ce jour, le moteur de mes préoccupations artistiques. Son immanence et sa réalité induisent un cadre de réflexion digne d'être repensé, dans la place qu'elle occupe au sein de la sculpture contemporaine, mais aussi, dans le contexte de notre société, guettée par le devenir stérile de nos modes d'organisation et de communication, toujours plus virtuels. À travers ses différents états, solides, liquides ou gazeux, celle-ci m'apparaît comme une source de connaissances, dont on ne peut enfreindre les règles : un art de la conduite, une éthique. Parallèlement, les qualités de sa substance m'évoquent un nombre de concepts tels que ceux d'origine, d'état, et de vie, dont je veux rendre compte à travers mes sculptures et mes installations. C'est ainsi que je tente avec une dérision sous-jacente, d'instaurer une poétique autour du sujet qui me préoccupe plus précisément : l'existence, d'en exprimer le corps (l'organisme), la vacuité, la précarité, la mémoire, le terme.. Sur un mode empirique, depuis le début de ma pratique, j'utilise trois matières récurrentes le plâtre, le savon et la cire (ou paraffine) avec lesquelles j'aime conserver un rapport expérimental et direct. Ces substances sont élaborées et agencées selon différentes techniques : moulage, modelage, assemblage, construction. Traditionnellement, le plâtre tient comme étape intermédiaire entre la glaise et le bronze. Par l'usage de l'empreinte, il se situe ici de manière précaire dans un entre-deux : un jeu entre une disparition du modèle et sa reproduction où l'empreinte se change en oeuvre originale. Les moulages se font sur des parties du corps, d'objets ou de sites, pour la réalisation de pièces in situ. Quant au plâtre, il est coulé ou appliqué à l'aide de bandes, dissimulant parfois l'objet. Le savon et la cire sont des matériaux d'utilisation binaire, qui servent au démoulage des épreuves en même temps qu'ils en sont les composants directs. Le savon, produit d'utilisation commune et intime, est une évocation métaphorique de la "vie". Sa possible dissolution conforte l'idée d'une disparition, d'une perte et d'une conversion.
Par la suite, d'autres matériaux ont été introduits :
- le miroir comme lieu de réfléchissement/réflexion
- la feuille d'or liée à l'idée de figures "inviolables"
- les laisses de mer, objets récupérés ou débris avec lesquels j'ai toujours travaillé, objets fossiles, indices d'une mémoire et d'une usure.
En outre, l'exclusivité des couleurs blanches (plâtre, savon) et rouge carmin (cire teintée au pigment), concoure à l'articulation de mon vocabulaire plastique. La blancheur est convoquée comme signifiant spectral de la sculpture classique. Le rouge carmin, dont l'intensité varie selon les pièces, fait écho au plasma sanguin. Les représentations évoquent un ensemble d'états et de formes corporels :
- épiderme, fragments de corps humain, chair
- gangues
- circulation, canaux, gaines, trous
- filtres
Un nombre d'indices importants montrent également des fragilités, des fractures, des réparations, des transformations de matière (passage du liquide au solide), des plis, des sillons.
Pièces in situ :
- À la Galerie Depardieu, une pièce in situ sur la terrasse en extérieur, fera écho aux séchoirs à linge des habitations alentour : un "tissage" de câbles tendus en va et vient entre le balcon usé en fer forgé et le mur de séparation ; ces câbles servent simultanément de trames au passage d'un fil et de points d'accroches à ce que je nomme des "prises" (empreintes de mains en savon), qui, exposées à la pluie, se dissoudront sur place libérant les fils.
- À la Galerie des Ponchettes, son ordonnance architecturale, ses arches et ses piliers m'ont conduite à créer un aménagement rappelant celui d'une "cathédrale et de sa nef" : deux pièces in situ sont installées à partir de filets, de savon, et de projection de ciment et de plâtre.
- Sculptures, installations et pièces murales : des moulages et des pièces modelées en plâtre et en savon, ainsi que d'autres réalisées à partir d'objets récupérés ou de rebuts, seront présentés à la Galerie des Ponchettes et à la Galerie Depardieu, suggérant une alternance de formes en négatif et positif.

Frédérique Nalbandian
http://www.documentsdartistes.org/artistes/nalbandian/repro.html
http://www.inailuzproduction.com/demonstration_nalbandian.htm