Expositions


Exposition 2009 : Carmina Sensus
Du 20 mars au 17 avril 2009

Jean-Pierre Giovanelli expose une vidéo-installation. L'œuvre multimédia, Carmina Sensus, « la poétique des Sens », sollicitant le plaisir sensoriel d'une caresse sur une fourrure de renard argenté posée sur une partie du corps nu de femme, ne fait que frustrer l'attente érotique de l'observateur, à l'inverse d'une pure fiction digitale. La bande sonore, la sensualité de la peau, le voile aisément mobile du boa mû par le vent, évoquent un corps présent seulement en tant que simulacre fonctionnant comme une forte métaphore des fantasmes que génère l'écran. Fondée sur le couple sentir/penser, l'œuvre de l'artiste français est en conséquence une notion de matérialité – qui ne se réduit pas à une simple matérialisation sur le plan du conceptuel/virtuel – et trouve sa modalité communicative à travers l'aisthesis et le pathos. Devant les surfeurs du spectacle qu'est le monde, plus réel que réel, de qui subit la violence, trop de violence – soutien Jean Pierre Giovanelli – dire que le monde n'est pas réel. Il est nécessaire de commencer à respecter la plus haute des machines technologiques : le corps humain, retranché dans sa peau.

Vidéo installation de Jean-Pierre Giovanelli Concept images
Avec Naïma Ladhari, actrice
Jean-Pierre Muvien, Crédit son,
Julien Giovanelli, montage
Viana Conti 12 octobre 2007

Exposition 2010 : La Disparition
  Toiles et sculptures récentes
Du 15 Janvier au 6 Février 2010
Dans ses installations, où il travaille à la quantité, à la qualité, à la sonorité de l'espace, ainsi qu'à la mobilité et à l'immobilité du temps, Jean-Pierre Giovanelli ne cesse de recoudre l'invisible avec le visible, le corps de la femme avec son habit. Une fois entré dans le labyrinthe des signes vestimentaires, l'artiste parsème de traces les pieds de dunes fantomatiques, déplacées par le vent, afin d'y esquisser un lieu instable, qui se construit à partir de la volonté de perte du sujet. Le labyrinthe, dans l'hypothèse de Jean-François Lyotard3, ne préexisterait pas, mais existerait comme lieu de l'esprit, qui s'invente et s'efface dans l'alternance des pulsion qui font qu'on s'égare et on se retrouve, précisément sur ce sol inexploré où chacun peut planter sa tente, inaugurer sa danse.
La problématique abordée par cet artiste mène tout droit à une réflexion sur les mondes virtuels de Second Life et à la construction des Avatars. Derrière chaque image, nous dit Baudrillard, on peut penser qu'un élément réel ait disparu, derrière chaque représentation, que l'auteur du regard ait disparu, à tel point qu'il devient impossible, dans les landes du virtuel, de dire si le culte est voué au réel ou à sa disparition. Est-il pensable que derrière le nom de chaque objet un sujet ait disparu ? Derrière un habit, est-ce un labyrinthe de signes ou un désert d'identité qui s'organise ? Porter une Burqa – pardessus introduit en Afghanistan au début du XXe siècle, sous le règne de Habibullah – est pour une femme un acte de souscription à une histoire et à une culture, c'est une déclaration d'appartenance religieuse, c'est un choix quant à un mode d'apparition en public, un mode d'autoreprésentation. Porter un uniforme, c'est socialiser un corps, occulter ou suspendre, à l'extérieur, son inconscient, les visages changeants de son imaginaire. Dans une société multiethnique et multiculturelle de masse, l'adoption d'un habit met en œuvre une distinction, un différenciation individuelle, et en même temps une uniformité, une égalité sociale. Voici que s'instaure ainsi un système de signes et de symboles qui, alors qu'ils prolongent les terminaux du corps, en reflètent l'identité, le contexte social et environnemental qu'on entend donner à voir à l'extérieur. Bouclier ou prolongement du moi, l'habit est sans aucun doute une frontière entre l'intimité de la personne, liée à son être individuel, et le système d'idées, de convictions, d'habitudes, de coutumes, lié au groupe ou aux groupes dont il se veut l'expression. Sont de cet ordre, d'après Durkheim, les croyances religieuses, les pratiques morales, les traditions nationales qui, dans leur ensemble, constituent l'être social. Simmel trouve au contraire dans le sujet lui-même l'impulsion vers l'interaction sociale et celle vers la distinction sur le plan de la liberté personnelle, mais il observe toutefois que le culte de l'extériorité est en train de se transformer en une pathologie collective, faisant de plus en plus référence au prestige social et de moins en moins à une valeur anthropologique. Les vêtements, dans l'analyse proposée par Simmel, se situent dans le structuralisme linguistique en tant que système sémiologique, renvoyant, dans la modernité avancée, à une société de masse dans laquelle la production des marchandises est à la fois porteuse de signes et de significations sociales, reproductibles en série et transmissibles à l'échelle globale. A l'âge de l'intégration multiethnique, la façon de s'habiller fonctionne comme une carte de visite du sujet, car elle exprime son rapport entre potentiel egocentrique et sociocentrique. La route, les moyens de transport, les non-lieux métropolitains, les banlieues sont les espaces extérieurs dans lesquels le sujet divulgue et communique son identité individuelle et collective, son adhésion ou sa résistance aux stéréotypes sociaux, sexuels, productifs ou reproductifs, culturels ou sous-culturels. Le corps et l'habit ne se donnent pas comme signes interchangeables, car, s'il en allait ainsi, le corps finirait par devenir le support de l'habit et la route un territoire habité par de silencieuses et fluctuantes apparitions spectrales. Dans son texte limpide de présentation de l'exposition, le philosophe Simone Regazzoni nous prévient que la disparition ne serait autre chose que le pli de ce qui apparaît, la trace de quelque chose qui disparaît. L'œuvre d'art de Jean-Pierre Giovanelli, bien connue et appréciée par des penseurs tels que Paul Virilio, Jean Baudrillard, Frank Popper, René Berger, John Rajchman, Jean-Paul Thenot, se montrerait ainsi dans le mouvement de la disparition, poussée jusqu'aux limites du désert, réel et métaphorique, de la représentation.
Texte traduit par Anna Giaufret