Expositions


Exposition 2004 : Traces
Du 20 Octobre au 30 Novembre 2004

L`exposition présentée à la Galerie Depardieu comprends quelques travaux sur papier ayant pour thème le Danemark, où Hanne Elf a vécu et travaillé quelques années avec notamment les séries intitulées «Populonia» et «Caere».
La plupart des œuvres présentées traitent de l`art des Etrusques, de leur religion, de leur culture encore mystérieuse.
Il s'agit de tableaux très plastiques qui mélangent acrylique et huile avec de la terre originale des nécropoles de Toscane et du Latium.
On y trouve des silhouettes de blocs de pierres gigantesques, des gravures et des symboles de la divination dans le ciel, des fragments de peintures tombales, des inscriptions sépulcrales, des lettres étrusques et les noms de leurs dieux. On peut sentir l'atmosphère du royaume des morts, à la fois effrayant et porteur de grandes espérances. Pour les Etrusques, la mort était le point culminant de la joie. La glorification de la mort était simultané à la glorification de la vie. L`âme et le corps formaient un tout, la mort et la vie étaient Un dans le cycle du déroulement cosmique.
Partant de ces formes primitives de peinture et d'architecture, Hanne Elf mène des recherches sur la lumière et sur l'obscurité, sur la couleur et sur les matières qui sont en fait des recherches fondamentales sur notre existence. Le regard sur les tombes devient regard transcendantal, une porte s`ouvre dans le noir profond des tableaux, une fente mène vers la lumière, vers une nouvelle vie colorée. Les travaux de Hanne Elf sont toujours au point de croisement entre le concret et le symbole. Elle ne s'intéresse pas aux images. Elles peuvent appeler à toute sorte d'interprétation et on peut simplement ressentir l'émotion des contrastes entre leurs couleurs extrêmes et leur obscurité totale.
Le monde des Etrusques sera symbolisé par l`installation «la Balançoire» sur la terrasse de la galerie : Les gardiens du royaume des morts, des nécropoles, des ténèbres et du feu. Cela revoie à nos opinions modernes et à l'enfance d'Hanne Elf dans la région de la Ruhr.
Le soir du vernissage, l`artiste réalisera une performance dans le ròle d'un haruspice, le prédicateur et devin des Etrusques. L'Haruspice interprétait la volonté des Dieux par certains signes, en particulier d'après l'examen des entrailles des animaux immolés.

Exposition 2006 : Eismitte
Du 23 Juin au 10 Septembre 2006

Plusieurs tableaux exposés ici contiennent des textes écrits en Sütterlin, la forme d'écriture allemande utilisée jusqu'en 1945, celle des parents et des grands parents, issue des heures sombres du passé allemand. Hanne Elf s'enfonce ainsi dans les profondeurs du souvenir et veut transpercer l'épaisse chape de glace de l'oubli et de l'ignorance : un travail semblable à celui de la station de recherche en Antarticque, baptisée Esmitte, qu'elle a choisi comme métaphore que l'on retrouve en arrière plan dans plusieurs travaux. Et ce n'est pas un hasard si elle se représente pour la première fois dans La Lune de glace (Eis-mond) semblant avoir atterri sur une planète inconnue.
Hanne Elf peint pour s'orienter et voir clair. Pour ce faire, elle lutte contre les démons du passé avec beaucoup d'émotions en s'engageant corps et âme. Par exemple, pour Esmitte 1, elle s'est agenouillée sur le tableau en frottant avec ses mains un mélange de couleurs, frictionnant le papier comme s'il s'agissait d'une planche à laver. Puis, à l'aide d'un crayon gras, elle a extériorisé toute sa rage, combattant ainsi l'obscurité, la transformant en lumière. A côté, elle présente des images très colorées qui semblent paisibles ainsi que quelques images pieuses.
Les couleurs rouge et blanche dominent, symboles du sang et de la mort, du feu et de la glace, de l'espoir et de l'énergie. Le romantisme nous a appris que la peinture représente la quête du bonheur. Gerhard Richter, lui, a déclaré que c'était la forme la plus élevée de l'espoir.
Dans les peintures d'Hanne Elf, les deux aspects sont très présents.

Exposition 2008 : Red girls
Du 11 Septembre au 17 Octobre 2008

« Rouge est la lumière dans le temps » (Rupprecht Geiger)

Au centre de "Red Girls", la troisième exposition individuelle de l'artiste de Cologne Hanne Elf à la galerie Depardieu à Nice, il y a la couleur rouge, la reine de toutes les couleurs.
Couleur du feu et du sang, interprétée tour à tour dans l'histoire des cultures comme une couleur masculine ou féminine, positive ou négative, elle est le symbole de la vie et de la mort, de la fertilité et de l'amour ; elle est aussi considérée comme le premier degré de la pierre philosophale.
Hanne Elf étudie la signification de la couleur rouge au moyen de techniques très diverses : sculptures, silhouettes, estampes, photos, travaux mix-média. Mais le cœur de l'exposition reste - comme toujours chez Hanne Elf - la peinture. La largeur de son spectre s'étend de tableaux racontant une histoire à ceux qui montrent une pure symphonie de la couleur et de la lumière, jusqu'à ceux qui explorent la peinture comme langage visuel. Elle mélange le particulier et le général, l'abstrait et le figuratif, fait intervenir des contes et des mythes avec sa propre biographie, introduit des thèmes tels que la différence des sexes ou les gender studies.
Son Impulsivité et le choix de ses motifs révèlent son émotion absolue.

Harald Mann

Exposition 2014 : des roses, malgré tout !
Du 12 Septembre au 5 Octobre 2014

Des roses, malgré tout / en hauteur d`été / ... / l`or sur ma peau / et les roses mortes / après la nuit (Rose Ausländer) Personne ne nous re-pétrira de terre et de limon / personne ne bénira notre poussière / personne … un rien / nous étions, nous sommes, nous resterons / en fleur : la rose de rien, de personne (Paul Celan).

Pour cette nouvelle exposition à la galerie Depardieu Hanne Elf présente de nouvelles œuvres de sa série sur la rose. Elle traite d'autres facettes de cette fleur, emblème de toutes les fleurs. Les significations et les différents aspects de sa symbolique sont innombrables, une multiplicité de mythes, de légendes et d'histoires lui sont liés ainsi qu'à son origine : La rose est issue des gouttes de sang de Jésus, des larmes de Marie Madeleine ou des gouttes de sueur du prophète Mohammed. Elle se formait du sang de l'Adonis ou de la mousse de mer qui a adhéré au corps d`Aphrodite. Elle est née du sourire d'Amor et des larmes rouges de Vénus. Elle a fleuri à l'aide de Chloris, la déesse grecque des fleurs, d'une nymphe inanimée et les dieux les plus puissants l'ont doté de beauté, de nectar suave, de grâce, de gaieté et de joie. Elle est la manifestation du divin.

Elle est le symbole du féminin où se mélangent Vénus, la déesse de l'amour et à la mère de dieu Marie, dite « la rose du paradis », la rosa mystica. Elle est amour et beauté, sensualité comme spiritualité, sa couleur blanche et rouge symbolise innocence et péché, vie et mort.

Tous ces différents sens forment le fond complexe des nouveaux tableaux d'Hanne Elf qui partent de la beauté de la rose, mais qui la rompent souvent par sujet ou par sa façon de procéder. Il y a des photos en grand format des floraisons et des bourgeons en beauté magnifique, comme en défleuraison élégiaque (« des plantes vont » - Julien Green dit – « les roses meurent ».), mais également de nombreuses peintures, où la plante réelle est à peine visible. Toutes les œuvres de cette série se basent concrètement sur différents types de roses comme point de départ et montrent comme niveau le plus bas des feuilles et floraisons en différentes formes et couleurs, souvent fortement modifiés, métamorphosés, couverts avec beaucoup de couches de couleurs. Parfois même les floraisons de couleur sont transformées en formes noires, les silhouettes ont été estompées et couvertes avec des nouvelles couleurs. Mais, malgré tout, ce sont des roses. Mais le titre de cette nouvelle série ne peut pas seulement s'interpréter ainsi. « Des roses, malgré tout » fait aussi référence au poème de Rose Ausländer Des roses, malgré tout et plusieurs travaux montrés à cette exposition l'ont pris comme motif. Les poèmes de Rose Ausländer et de Paul Celan sont des points de repère importants de la nouvelle série d'Hanne Elf, en liant la reine des fleurs aux catastrophes fondamentales du vingtième siècle. Il s'agit de la guerre, du fascisme et de la Shoah. Au poème « changement » de Rose Ausländer, les roses ont disparu, ils n'existent que des épines (nous sommes devenus des épines dans les yeux étrangers). Pour Celan, la rose est devenue « la rose de ghetto » ou « la rose de personne », la rose de non-être. L'homme n'existe plus, il est oublié et un vis-à-vis transcendant est indisponible.
Avec les peintures en petit format « 14 », Hanne Elf se réfère à la poésie et à la peinture du temps de la première guerre mondiale. Elles sont faites avec le matériel qui était disponible aux artistes pendant la guerre, le papier, le crayon, le charbon et les Gouaches. Mais, même à cette époque, les roses ont fleuri, malgré tout. La rose devient un archétype de la totalité, dans lequel les contradictions se dissolvent. Elle représente la roue de la vie ; devient le symbole pour surmonter la mort ; devient un signe de bon augure, un porte-bonheur.

Toutes ces œuvres ont été faites en conscience des difficultés de peindre des fleurs à notre époque. Est-ce, pour modifier Adorno, après Verdun, Auschwitz et toutes les catastrophes suivantes, effectivement encore possible ?

Outre ces tableaux un peu sombres qui s'occupent aussi de finalité de l'existence, il y a d'autres plus gais, plus colorés comme celui sur le conte la Belle au bois dormant ou sur le livre pour enfants Le monde est rond de Gertrude Stein (une rose est une rose est une rose…). La couleur bleue choisie en souvenir de la couleur du favori de la personne principale, de la fille rose, peut comme citation de la plus vieille représentation de rose de l'histoire de l'art : fresque avec oiseau bleu. Hanne Elf utilise souvent la forme de base de la rose, le pentacle. Les philosophes pythagoriques admiraient déjà cette étoile pentagonale comme symbole mystique au plus profond pour la santé et pour la cognition et il est considéré jusqu'à aujourd'hui comme le signe de la vie éternelle. Dans la mystique celtique-germanique, il devrait protéger contre les puissances occultes et, au moyen âge, contre les démons. Ses cinq pointes ont symbolisé les cinq blessures Christi. Il est aussi le signe du nombre d'or dans l'architecture et la peinture.

On peut ainsi découvrir beaucoup de couches et niveaux dans les nouvelles œuvres d'Hanne Elf, correspondant aux significations multiples du symbole de rose, constamment changeantes et tout à fait ambivalentes qui ne s'excluent pas, mais se complètent à un tout homogène lyrique.

Harald Mann

Exposition 2017 : Odyssée 

Du 31 mars au 29 avril 2017

« Si l'on remonte assez loin on arrive à l'avenir » (Susanne Kennedy) « Mais comme le soleil se mettait à briller, nous découvrions la mer Égée constellée de cadavres et de décombres de navires » (Eschyle, Agamemnon)


Odyssée par hanneelf

Les œuvres de la nouvelle exposition d'Hanne Elf à la galerie Depardieu à Nice trouvent leur origine dans l'Odyssée d'Homère. Les peintures et les photographies sont inspirées par les mythes et les légendes de cette épopée, racontés et chantés pendant des milliers d'années. Certains éléments sont même issus de l'âge du bronze. L'Odyssée est un des plus anciens témoignages préhistoriques de notre histoire culturelle.
C'est le texte de base de la civilisation européenne.
Avec le passage de l'oral à l'écrit, qui doit être considéré - dans un sens étroit - comme constitutif de la culture, ce texte représente le début de l'histoire européenne des sciences humaines. Et, avec son changement de paradigme du mythe à logos, les épopées homériques sont un document important pour l'émergence de ce que nous sommes habitués à appeler la philosophie. En le faisant, Ulysse est un archétype, un prototype de l'existence humaine. Il explore les moyens de l'être humain au regard des différentes structures cosmologiques et culturelles, montrant en même temps sa propre intemporalité. Ulysse voile dans le vrai sens du mot au-delà de l'horizon, devenant l'une des principales idoles existentialistes de la transgression. Il va vers le monde inhabitée, au-delà des colonnes d'Hercule, vers le soleil.
Plusieurs tableaux d'exposition montrent des bateaux ou la mer, souvent préfigurés, estompés ou déformés. Par nombreuses étapes, l'artiste a superposé divers médias et matières ainsi que des couches de peintures, soit à partir de photographies, soit créé ex nihilo. D'autres peintures se sont formées spontanément à l'écoute de Musique pour l'Odyssée d'Art Zoyd, un groupe français d'avant garde.
Les œuvres d' Hanne Elf sont à la frontière entre abstraction et figuration, ouvertes à de nombreuses interprétations. L'océan par exemple peut être considéré comme la grande métaphore de la vie, comme le voyage entre la naissance et la mort. Au fil des siècles, l'Odyssée est devenue un symbole de l'errance, de la recherche éperdue des possibilités de la survie, du sauvetage, de l'identité et d'une patrie, toujours en danger, menacée par l'échec.
Cela nous ramène à la situation actuelle, où la scène de l'Odyssée d'Homère se répète en mer Méditerranée, au large des côtes de Grèce, d'Italie, d'Espagne et d'Afrique du Nord...
Le cercle se referme. Hanne Elf a photographié des restes de ces naufrages d'aujourd'hui sur les plages de la Méditerranée et elle a pris des photos des bateaux de réfugiés comme base de plusieurs de ses créations. Dans la série Syracuse, c'est la silhouette du navire, qui a coulé au large de la Sicile en 2015, une tragédie qui à fait 800 noyés.
Le cycle "Odyssée" contient parmi d'autres un bateau qui était affalé près de Malte et se dresse maintenant comme un mémorial dans la cathédrale de Cologne. Dans la suite de l'exposition, la vue s'évase à l'odyssée de l'humanité en général, à nos origines en Afrique, d'où nos ancêtres ont émigré partout dans le monde et aussi pour l'Europe.
De ce fait, Hanne Elf cite sur certaines toiles les premières traces de l'art (abstrait) de la grotte de Blombos en Afrique du Sud, les œuvres d'art les plus anciennes de l'humanité.
Il y a des motifs géométriques complexes avec un symbolisme énigmatique, exécutés à l'ocre rouge, la première couleur.

Harald Mann